Association des écrivaines
et des écrivains haïtiens

Le mot de Kettly Mars,
Présidente du Centre PEN Haïti - 14 juillet 2020

L’année est entrée dans son septième mois. Une année 2020 à l’heure de la pandémie Covid 19 qui redessine la carte géopolitique de la planète, rappelle aux grands de ce monde la dimension de leurs folies,  leur fragilité et l’imprévisibilité des forces telluriques qui font changer de cap le destin de l’humanité.  Haiti navigue à vue sur une mer houleuse,  toujours en mal de capitaine, d’un équipage dévoué jusqu’à la mort et porté par un souffle de génie. Le gouffre s’ouvre devant nous et nous essayons depuis trop longtemps de surfer sur des vertiges. 

Mais les mots nous lancent des bouées et nous raccrochent à un futur que nous ne nous lassons pas de créer en l’espérant de lumière. Toujours et encore la parole demeure la vigie, la racine profonde, le terreau fécond où nous semons des certitudes mises chaque jour à rude épreuve. Une parole qui nous donne de réclamer sans nous lasser notre liberté d’expression, de crier nos frustrations, notre horreur de la violence, de réclamer justice. Une parole de création pour encourager, imaginer et construire l’impossible ensemble. 

Le Centre PEN Haïti comme toutes les associations culturelles du pays se ressent des nouvelles contraintes et des limitations imposées au secteur par la conjoncture.  Mais nous nous adaptons aux circonstances. Le télétravail, les conférences en ligne, le téléphone, les réseaux sociaux nous permettent de garder une présence auprès de nos membres, de nos lecteurs et de toute la communauté des internautes, de nous projeter dans l’actualité et de contribuer à la faire.

Dans ce cadre, se déroule actuellement notre projet « Etre une femme, écritures de l’altérité. » Le Centre PEN Haïti a recruté des jeunes auteures pour constituer un laboratoire d’écriture autour du thème « Etre une femme, écritures de l’altérité.»  Onze jeunes femmes vont travailler sur une période de 3 à 4 mois pour écrire leurs expériences et dire leurs regards de femmes sur les femmes et les filles en Haïti aujourd’hui. L’objectif du projet est de dynamiser la production de nouvelles écritures, s’inscrivant dans une démarche à la fois créatrice et citoyenne, en faveur de l’émancipation des femmes dans la société haïtienne.

La littérature et les livres sont au cœur de la culture haïtienne. Les auteur.e.s aussi. Nous voulons continuer de faire vivre ce paradoxe résilient. À cette fin, le Centre PEN Haïti a pris l'initiative d'œuvrer en faveur de meilleures conditions de travail et de la reconnaissance d'un statut des auteur.e.s en Haïti. Nous avons entrepris un premier état des lieux du travail de l'auteur.e, impliquant une enquête à la fois qualitative et quantitative. Cette démarche est assistée par un comité de pilotage constitué de 10 écrivain.e.s et/ou professionnels du livre haïtien.nes résidant en Haïti et à l'étranger. La synthèse des résultats nous permettra d'approfondir la réflexion collective indispensable à nos métiers en vue de la prise en compte de nos intérêts professionnels et moraux par nos différents interlocuteurs publics et privés ;  elle facilitera également la mise en œuvre d'actions collectives visant à nous assurer des conditions financières et sociales d'exercice professionnel plus satisfaisantes.

Oui, la littérature est un pilier de la culture haïtienne. Nous le constatons au cœur de la pandémie, à travers une floraison de sites, groupes whatsapp, pages Facebook dédiés à échanger poèmes, pensées, essais et réflexions de tous horizons. Il s’est créé depuis quelques mois un espace où l’imaginaire a retrouvé une nouvelle vigueur, ou le besoin d’expression et de partage est vital. Le Centre PEN Haïti est partie prenante de ce mouvement par la publication sur sa page Facebook, depuis le mois d’avril dernier, de son Journal d’un confinement, un espace de création ou une quarantaine d’auteur.e.s, jeunes et moins jeunes, partagent leurs impressions et émotions.

L’année 2020 est aussi l’année Georges Floyd. Un crime raciste odieux aux Etats-Unis de Donald Trump a bouleversé le monde, réveillé des consciences endormies mais, en même temps, a durci des antagonismes séculaires. Qu’en sortira-t-il ?  Même si des penseurs prévoient un raidissement des politiques mondiales d’une extrême droite qui a le vent en poupe, il n’en reste pas moins vrai que des yeux se sont ouverts, des complexes, des oublis et des mensonges ont été déboulonnés, tout comme ces statues symboliques d’un passé esclavagiste ont été déboulonnées de leurs socles sur trois continents. La lutte sera longue mais elle continue.

Pour finir, notre pensée revient à la poésie. À Farah Martine Lhérisson, poétesse assassinée avec son mari en leur résidence, le 15 juin dernier. Notre choc est encore grand. La communauté des écrivain.e.s est en deuil. Nos mains sont vides mais nos voix s’élèvent pour demander enquête, explications et justice. Justice pour toutes les victimes de la violence institutionnelle rampante. Justice pour les oubliés, les miséreux. Justice pour la poésie blessée…

Kettly Mars - Présidente

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Depuis le mois de mai dernier, onze jeunes femmes se sont engagées avec le Centre PEN Haiti dans le projet « Être une femme, écritures de l’altérité ». La mise sur pied de ce laboratoire d’écriture est partie du constat que malgré l’importance symbolique du statut de la femme dans la société haïtienne – la femme potomitan – à l’heure des réseaux sociaux et du féminisme médiatique, les représentations sociales et surtout les comportements évoluent relativement peu dans le temps...

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