Association des écrivaines
et des écrivains haïtiens

Le mot de Kettly Mars,
Présidente du Centre PEN Haïti - 28 mars 2021

Dans un siècle on parlera encore du Covid19. Il semble que les pandémies majeures de l’humanité se donnent rendez-vous à intervalles d’un siècle. La situation sanitaire mondiale aujourd’hui remet en mémoire la grippe espagnole de 1918-1920 qui décima de 2.5 à 5% de l’humanité. Mais ne nous attardons pas sur ces réflexions sombres et voyons plutôt les bons côtés de nos malheurs. J’en vois deux a priori. D’une part les progrès énormes de la science médicale (même si cette science semble parfois dépassée par l’ampleur et la complexité de cette infection virale) qui freinent de manière significative l’expansion de la pandémie. Et, d’autre part, l’invention de l’internet, et particulièrement l’avènement des réseaux sociaux, qui font du monde aujourd’hui une grande communauté humaine où les informations s’échangent instantanément. On trouve de tout sur la Toile, à la portée d’un clic.

On trouve de la culture sur la Toile et cela nous sauve. Depuis le début de l’année 2019, l’imaginaire a trouvé une voie puissante pour s’exprimer, se partager et rester vivant. Pièces de théâtre, concerts, lectures de poèmes, récitals de musiques, conférences savantes… tout se passe dans le virtuel. Un pied de nez à la pandémie et à la distance sociale incontournable.

Au Centre PEN Haïti, nous participons de ce combat pour la culture sur les réseaux sociaux en ces moments dramatiques que vit notre pays. Pendant quelques mois, de mars à septembre 2019, nous avons ouverts notre page Facebook à des poétesses et poètes qui ont contribué chaque jour à notre Journal du confinement. Des textes puissants et originaux en sont sortis, des partages profondément humains que nous gardons précieusement dans nos archives. Nous nous évertuons aussi à publier des articles et informations littéraires d’actualité pour nos lecteurs et lectrices sur notre site web, nos pages Facebook et Instagram, et nous les tenons informés de nos conférences, ateliers d’écriture et autres activités.

Notre projet « Etre une femme, écritures de l’altérité » a pu suivre son chemin et se conclure, en dépit des contraintes liées à la conjoncture. Une restitution des textes produits a eu lieu au local du Centre PEN Haïti en décembre dernier, et certains de ces textes ont été publiés sur des plateformes en ligne. Nous saluons et remercions ici les jeunes consœurs qui ont pris part à ce projet.

Comme nous l’avions annoncé, le Centre PEN Haïti a entrepris un premier état des lieux du travail des auteur.e.s en Haïti. Après une enquête qualitative et quantitative, un document a été produit qui se veut une première étape vers un approfondissement de la réflexion et des recherches sur le statut des écrivain.e.s au pays. Notre objectif, est de fournir un outil de départ qui permettra la mise en œuvre d’autres actions en vue de professionnaliser notre métier.

Nous sommes aussi heureux d’annoncer la mise en œuvre d’un projet qui nous tenait à cœur. L’écriture d’un petit ouvrage intitulé « Le vodou expliqué aux enfants (et à leurs parents). » Le texte est en cours de rédaction et nous avons fait appel à un jeune illustrateur pour mettre une touche de couleur et d’âme au projet. C’est l’éditeur Mémoire d’encrier qui nous apporte sa collaboration pour sortir le livre. Nous souhaitons vivement que le produit final soit prêt pour l’été 2022.

Last but not least, le Comité des Femmes Écrivains du Centre PEN Haïti a vu le jour. En janvier dernier, six écrivaines se sont réunies pour poser les bases de ce comité. Durant les semaines qui ont suivi, six autres se sont jointes à elles. Notre objectif ? J’emprunte les mots de Mélissa Béralus, membre du comité pour l’exprimer : « Notre réel de femmes écrivains en Haïti est un réel sans chambre à soi, sans sororité, et sans journal intime. Nous n'étions pas parties pour écrire, mais nous voilà 10 lignes et 3 phrases complexes plus tard, faisant l'histoire en créant le comité des femmes écrivains du Centre PEN Haïti. Le beau de l'être est qu'il est passager, alors que ce qui nous dépasse résiste au temps, tel le roseau que ploie le nordé sans jamais le faire tomber. » Nos têtes pleines de projets, de poésie et de désir de partage, nous avançons vers notre destin de marqueuses de mots, pour le meilleur et pour le pire.

Je lisais récemment en ligne un superbe article titré L’insolence de nos grandes fatigues de la poète et peintre québécoise Louise Dumais. Elle y parle de l’état d’épuisement de la société canadienne renforcé par la crise sanitaire, mais aussi de la puissance créatrice que cet état peut générer.

L’effet de résonance a été immédiat. Haïti et le Canada sont à des années lumières en termes de développement mais le mal de l’âme ne connait ni climats ni latitudes ni fuseaux horaires. La littérature abolit les frontières entre nos douleurs et nos épuisements. Elle parle un langage intemporel et pourtant intime. Elle peut faire de nos angoisses un terreau fertile où planter l’espoir et rêver de beauté. Elle peut transformer nos angoisses en insolence et en brasier. La littérature nous donne librement le droit de dire non, le droit de croire en nous-mêmes et le pouvoir essentiel d’imaginer. Le droit de crier s’il le faut : ôte-toi de mon soleil ! Celles et ceux qui écrivent et qui créent réalisent chaque jour que la vie vaut la peine d’être vécue malgré tout ce qui nous fait mal et nous déshumanise. Une entreprise qui peut paraître simple mais ne l’est pas du tout. Et c’est ce que nous nous évertuons à exprimer sans cesse, depuis la nuit des temps, sous mille formes. Comme dans une folie parfois douce, parfois brutale.

Kettly Mars - Présidente

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Nouveau - Création du Comité des Femmes Écrivains du Centre PEN Haïti

Un groupe de six femmes s’est réuni en janvier dernier pour former le Comité des Femmes Écrivains du Centre PEN Haïti. Au fil des semaines, six autres se sont jointes à elles. Pourquoi un comité de femmes écrivains ? Parce que c’est une tradition que l’on retrouve dans la plupart des Centre PEN dans le monde. Parce que : dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es. Des écrivaines fréquentent des écrivaines pour définir cet espace privilégié qu’elles portent en elles et l’aider à grandir, à s’épanouir. Il y a urgence de sororité, de solidarités, de partages. Il y a urgence de poésie, de luttes, de catharsis. Il y a des mains tendues, des larmes à sécher, des fronts à relever. Il y a toute l’insolence de nos angoisses à nourrir dans notre pays en dérive.

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